“Nous sommes” : quand la jeunesse française se raconte par l’écriture

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« Nous Sommes : dans la tête de la jeunesse française » : derrière ce titre se cache un recueil de 26 créations littéraires (nouvelles, poésies, essais, récits…), toutes d’auteurs différents. Leur point commun ? L’appartenance à la génération des 18-30 ans. Le Mag’ du Cercle Hébé a rencontré Thomas Singler, coordinateur de l’ouvrage, qui a fait un pari audacieux : permettre à une génération de se raconter par l’écriture.

Question 1. Thomas, peux-tu nous présenter le projet « Nous Sommes » et sa genèse ? Pourquoi avoir lancé maintenant ce recueil de textes écrits par des jeunes ?

L’idée est née d’une discussion avec mon ami Benjamin Boss. A l’aube de l’hiver 2015, nous cherchions à nous engager dans un projet à la fois collectif et artistique tout en intégrant une dimension sociale. Quatre ans plus tard, nous avons publié cet ouvrage collectif avec pour but de constituer une fresque de la génération des 18-30 ans sur la base de textes entièrement libres, à la fois sur le fond et la forme, sélectionnés parmi plus de 800 reçus.

Question 2. Au début de l’aventure, une vidéo de présentation disait « Nous sommes notre plus grande surprise ». Qu’est-ce qui vous a le plus frappé à la lecture des 800 textes candidats reçus ? Parmi les 26 retenus, y en a-t-il qui t’ont particulièrement marqué ?

Je laisserai le lecteur se référer à la postface dans laquelle nous détaillons notre ressenti mais je vais tenter de la résumer en quelques mots. La lecture des textes reçus m’a confirmé une intuition initiale : lorsque l’on demande aux jeunes d’écrire en leur laissant une pleine liberté d’expression, les sujets qu’ils abordent sont bien plus liés à leurs émotions et leurs souvenirs qu’à des problématiques matériels. C’est évidemment une vision qui souffre de nombreux biais et qui n’a aucun cas de prétention sociologique ou politique mais j’ai tout de même été surpris par la quasi-absence de textes sur les questions de logement, d’immigration ou d’emploi qui ressortent presque systématiquement comme des préoccupations majeures de la jeunesse dans les enquêtes.

Question 3. Notre génération (si elle existe !) est souvent décrite comme individualiste et sociologiquement plus « atomisée » que les précédentes. Au-delà des histoires individuelles, as-tu perçu un « sentiment d’appartenance commune » ou un « esprit de génération » à travers les textes ?

La postface apporte là encore, je l’espère, quelques éclairages mais je vais me risquer à une synthèse. Cela me paraît illusoire d’estimer qu’il y a un esprit de génération unique et commun à tous. L’esprit de chacun se construit sur la base de multiples influences (familiales, sociales, religieuses…). Néanmoins, on peut retrouver dans le livre quelques grandes lignes de force très marquées dans cette génération : une forme de mélancolie fataliste, nourrie par le sentiment que les meilleures années sont déjà derrière nous dans le meilleur des cas, mêlée d’un espoir quasi mystique que quelque part, quelqu’un, et pourquoi pas nous-même, viendra changer le cours des choses.

Question 4. Quand on parle « esprit de génération », on pense spontanément aux sciences humaines ou à cetains secteurs d’activités (pub, médias). D’après toi, qu’est-ce que l’écriture peut apporter de particulier ?

Si vous parlez de l’intérêt spécifique d’avoir choisi le recueil de textes littéraires comme format afin d’écrire une génération, c’est effectivement cet angle qui nous a paru innovant et pertinent. Innovant d’une part car moins utilisé que des méthodes scientifiques ou des constats politiques ou journalistiques. Pertinent d’autre part car limitant au maximum une prise de parti idéologique en amont de la conception du livre.

Question 5. Et si tu devais donner un seul argument pour convaincre de lire le livre ?

Je vais utiliser une carte sans doute un peu facile mais qui nous tient à cœur : tous les auteurs de ce libre ont renoncé à leurs droits d’auteur afin que l’intégralité des bénéfices de ce livre soit reversée à l’association « Lire et faire lire » qui lutte, entre autres, contre l’illettrisme chez les jeunes.

Propos recueillis par Xavier Lasserre en février 2020.

Lien Amazon pour acquérir l’ouvrage ici

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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